Trois heures du matin

Le téléphone vibre sur la table de nuit. Trois heures du matin. Une voix de femme, essoufflée : son fils de vingt ans vient d'être placé en garde à vue après une bagarre à la sortie d'un bar. Les policiers l'ont appelée pour la prévenir. Elle ne sait pas ce qu'il a fait, ni même s'il a fait quelque chose. Elle me demande seulement : « Est-ce que vous pouvez y aller ? »
Oui. Et elle avait le droit de me le demander.
Le premier droit, c'est de comprendre
En garde à vue, le premier droit n'est pas de parler : c'est de comprendre ce qui se passe.
La loi permet au proche prévenu par les enquêteurs de désigner un avocat. Il appartient ensuite à la personne gardée à vue de confirmer ce choix. J'ai appelé le commissariat, je me suis présentée, j'ai pris la route.
Sur place, j'ai eu droit à un entretien confidentiel de trente minutes avec lui. Trente minutes pour le rassurer, lui expliquer ses droits, comprendre ce qui lui était reproché, et décider ensemble de la conduite à tenir pendant l'audition.
Pendant l'audition
Il avait envie de tout raconter, vite, pour que ça s'arrête. C'est le réflexe de presque tout le monde. Nous avons pris le temps de distinguer ce qu'il savait vraiment de ce qu'il supposait, et de ce qui ne regardait que lui.
L'audition a duré une heure. J'étais assise à côté de lui. À la fin, j'ai déposé des observations écrites sur les conditions de son interpellation.
Il est sorti en fin de matinée, avec une convocation pour plus tard. Sa mère l'attendait sur le trottoir.
La nuit d'une garde à vue est longue. Elle l'est un peu moins quand on n'y est pas seul.
Ce qu'il faut retenir
Si un proche est placé en garde à vue, vous pouvez désigner un avocat. Gardez son numéro dans votre téléphone : ce n'est pas le genre d'appel que l'on prépare, mais c'est celui où chaque heure compte.

Les noms, lieux et circonstances ont été modifiés pour préserver l'anonymat des personnes.


