Quinze jours pour ne pas perdre un mois

Elle est arrivée au cabinet avec une enveloppe froissée et un sourire poli, celui qu'on garde quand on a appris à ne plus rien attendre. Appelons-la Amal. La lettre venait de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides : sa demande d'asile était rejetée.

Elle avait reçu ce courrier douze jours plus tôt. Elle pensait avoir le temps : « On m'a dit que j'avais un mois. »

Elle avait un mois, oui. Mais pour obtenir l'aide juridictionnelle sans que ce mois continue de s'écouler, il ne lui restait que trois jours.

Un délai en cache un autre

Contre un refus de l'OFPRA, le recours se forme devant la Cour nationale du droit d'asile, dans le délai d'un mois à compter de la notification. Mais beaucoup de demandeurs ont besoin de l'aide juridictionnelle pour être assistés d'un avocat, et cette demande obéit à son propre calendrier.

Nous avons déposé la demande d'aide juridictionnelle le jour même. Puis nous avons travaillé.

Raconter, encore

Une demande d'asile, c'est une vie racontée à un inconnu, dans une langue qui n'est pas la sienne.

L'entretien à l'OFPRA avait duré à peine plus d'une heure, par l'intermédiaire d'un interprète. Dans le compte rendu, son récit semblait décousu : des dates approximatives, des lieux mal situés. Rien de mensonger, seulement ce que la peur et la fatigue font à la mémoire.

Pendant plusieurs rendez-vous, en arabe, nous avons repris son histoire dans l'ordre. Nous avons retrouvé les dates à partir des fêtes, des saisons, de la naissance d'un neveu. Nous avons rassemblé ce qui pouvait l'être : un certificat médical, une attestation, des articles de presse sur ce qui se passait dans sa région.

À l'audience, face au juge, elle a parlé longtemps. Calmement. Précisément.

Quelques semaines plus tard, la Cour lui reconnaissait la qualité de réfugiée.

Ce qu'il faut retenir

Dès réception d'un refus de l'OFPRA, notez la date à laquelle le courrier vous a été remis et consultez sans attendre. Le premier délai qui compte n'est pas toujours celui qu'on croit.

Les noms, lieux et circonstances ont été modifiés pour préserver l'anonymat des personnes.

Rendez-vous

Parlons de votre situation.

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